FROM THE CHRONICLES

Dédé Hourani

Présidente du Selecteum des Arts et des Sciences

Dédé Hourani

Pour un homme seul

de Thérèse Aouad Basbous (Edition l’Harmatan, Paris 1997)

Le soleil inonde cette œuvre des lueurs magique qui se répandent comme des bouquets de lumière, qui ne sont que les reflets de nos visions des choses dont chacun d'entre nous peut être le miroir, rappelles-en quelque sorte l’esprit de Breton dans « Arcane 17 et l’amour fou ».

Dans ce « chant » comme vous l’appelez, dans « « Pour un homme seul », on découvre un homme pétri de poésie et c’est grâce à l’auteur qui est elle-même un grand poète et une personne si subtile qui a pu décrire en quelque pages tout un monde plein d’émotions et de sensibilité très fine.

Une pièce tellement riche en transparence, qui exalte les valeurs de l’existence de façon à leur donner un rayonnement magique dû à l’amour d’un homme dont la force radieuse peut permettre de déchirer les ténèbres et de les effacer, pour atteindre son étoile du matin. On dirait qu’il a une telle capacité à cause de ce sentiment tellement fort et sa détermination pour pouvoir voir la nuit étoilée, illuminée par ses rêves et son aspiration, malgré l’absence de l’autre.

Et cela rappelle « l’amour fou » de Breton, où la notion repose sur une vision cosmique de la femme où il dit : « Dans ce coffret dont je n’ai pas la clé et que je vous livre dort l’idée désarmante de la présence et de l’absence dans l’amour… »

A la féminisation de l’univers correspond une universalisation de la femme. En effet par voie de conséquence celle-ci deviendra pour le poète qui est l’homme seul, la connaissance, la beauté, la nuit, la sagesse et les rêveries résumées en un seul corps ; comme quand Breton évoque dans « Arcane 17 » : « Je n’ai jamais cessé de me faire qu’un de la chair de de l’être que j’aime et de la neige des cimes au soleil levant. »

Dans « pour un homme seul » il y a la même universalisation : « Quand tu es là. Tout est différent, odorant et coloré, la rue exhale son parfum jusqu’à moi, grimpe l’odeur du thym, du basilic et du laurier jusqu’à ma fenêtre à ma hauteur quand tu es là… »

Comme « Arcane 17 » « Pour un homme seul » est une longue rêverie initiatique où le poète est conduit à partir d’une contemplation alternée de la nature et les sensations qu’il éprouve dans cette nature et les sentiments qu’il a pour sa femme ainsi cette contemplation est interchangeable vers la connaissance du mystère de l’univers.

Et quand il évoque sa femme il l’appelle : ma femme mon enfant, Breton aussi l’a décrit en disant la femme-enfant est l’unique médiatrice entre l’homme et l’univers, elle rend visible et palpable ce qui est en dehors de la perception immédiate et que toutes les femmes ne sont pas douées pour cet office, mais seulement celle qui font la guet sur les grands violons de la nature, il a désigné celle qui réalisait est idéal : c’est la femme-enfant, parce que le temps sur elle n’a pas de prise, ce n’est pas la nymphette, la lolita de Nabokov, pas plus qu’une parodie de petite fille espiègle, mais une créature qui a gardé la fraîcheur, l’innocence, la fantaisie, le pouvoir de jeu de l’enfance, la spontanéité. La femme de « pour un homme seul » l’inspire beaucoup il communique avec elle en son absence avec tellement de simplicité, il lui parle comme il parle à un enfant, il devient enfant lui-même. Il déconcerte par ses propos et ses attitudes. Il est tellement pris, distrait, passionné, vif, perdu dans ses rêveries et distrait il chante, il est heureux, il chante sa douleur, son amour malgré l’absence parce qu’il aime, il l’aime profondément, tendrement, superbement…

Il est comme un alchimiste à la recherche de sa pierre philosophale… Grésillant comme ces branches bien sèches sur la colline d’en face quand tu les incendiais volontairement visionnaire enfant, pour voir, pour contempler cette flamme qui montait et qu’on ne peut plus maîtriser car elle nous consume Nous-mêmes, Nous purifie, De quoi ? De tous les résidus de nos hésitations, Doutes, Incertitudes comme des impuretés dans un métal précieux. Or, Oui comme de l’or qui sort de terre qu’on déterre mêlé à d’autres impuretés incohérence de métaux. Jamais métal précieux n’accepte une alliance incohérente. Incompatible avec sa nature et son éclat...

Un chant merveilleux plus qu’une pièce de théâtre et qui est très riche dans ses sources ésotériques et qui inspire beaucoup son lecteur par cette suite d’images qui tendent à incarner toute l’importance de sa bien aimée dans sa vie.

« Toi quand tu cavales vers mois tous les fleurs, les ruisseaux et les cours d’eau se déversent dans la mer…

Quand tu es là les toits de la ville s’éclairent sous des astres de l’infini et brillent et l’ardoise sur les toits de Paris scintillent.

Mon soleil de toutes les saisons.

Ces eaux. Ces océans que je traverserai pour te retrouver et t’offrir mes fleurs. Mon silence, ma petite carte blanche et tout mon temps. Je le prendrai de tout part. Je l’arracherai à tout le monde, je le distendrai de mes mains de fer tel un ressort de cuivre sous tes yeux éblouis par ma force. Moi ton magicien… » Aragon.

par

Dédé Hourani

La Constellation

(Louis Aragon)

***

Aucun mot n’est trop grand trop fou quand c’est pour elle

Je lui songe une robe en nuages filés

Et je rendrai jaloux les anges de ses ailes

De ses bijoux les hirondelles

Sur la terre les fleurs se croiront exilées

Je tresserai mes vers de verre et de verveine

Je tisserai ma rime au métier de la fée

Et trouvère du vent je verserai la vaine

Avoine verte de mes veines

Pour récolter la strophe et t’offrir ce trophée

Le poème grandit m’entraîne et tourbillonne

Ce Saint-Laurent pressent le Niagara voisin

Les cloches des noyés dans ses eaux carillonnent

Comme un petit d’une lionne

Il m’arrache à la terre aux patients raisins

Voici le ciel pays de la louange énorme

C’est de tes belles mains que neige la clarté

Étoile mon étoile aux doigts de chloroforme

Comment veux-tu que je m’endorme

Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter

Et parlant de tes mains comment se peut-il faire

Que je n’en ai rien dit moi qui les aime tant

Tes mains que tant de fois les miennes réchauffèrent

Du froid qu’il fait dans notre enfer

Primevères du cœur promesses du printemps

Louis Aragon, « Cantique à Elsa », Les Yeux d’Elsa, pages 100-102, Seghers, 1942

Cantique à Elsa

Je te touche et je vois ton corps et tu respires

Ce ne sont plus les jours du vivre séparés

C'est toi tu vas tu viens et je suis ton empire

Pour le meilleur et pour le pire

Et jamais tu ne fus aussi lointaine à mon gré

Elle dort Longuement je l'écoute se taire

C'est elle dans mes bras présente et cependant

Plus absente d'y être et moi plus solitaire

D'être plus près de son mystère

O mon enfant le temps n'est pas à notre taille

Que sont mille et une nuit pour des amants

Treize ans c'est comme un jour et c'est un feu de paille

Qui brûle à nos pieds maille à maille

Le magique tapis de notre isolement

Ce que dit Elsa :

Si tu veux que je t’aime apporte-moi l’eau pure

A laquelle s’en vont leurs désirs s’étancher

Que ton poème soit le sang de ta coupure

Comme un couvreur sur la toiture

Chante pour les oiseaux qui n’ont où se nicher

Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine

Si ce n’est pas pour ceux dont tu rêves souvent

Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes

La nuit s’éveillant dans tes veines

Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent

Lis l’amour dans mes yeux et non pas dans les nombres

Ne grise pas ton cœur de leurs philtres anciens

Les ruines à midi ne sont que des décombres

C’est l’heure où nous avons deux ombres

Pour mieux embarrasser l’art des sciomanciens

Lancelot

On peut me harceler que suis-je qu'ai-je été

Je me souviens d'un ciel d'un seul et d'une reine

Et pauvre qu'elle soit je porterai sa traîne

Je n'ai pas d'autre azur que ma fidélité

N.B.

L’œuvre « Pour un homme seul » de Thérèse Basbous nous rappelle aussi une œuvre très connue de Rainer Maria Rilke dans « Lettres à un jeune poète » où il suggère l’importance ainsi que l’influence de la solitude sur la compréhension de la créativité et de l’amour en se concentrant sur la thématique de la perception où la beauté est subjective.

par

Dédé Hourani

Dédé Hourani · Collected writings.